L’avenir des régimes de retraite

Il faut bien compter sur les jeunes pour honorer les retraites qu’il faudra payer demain.

Le billet à ordre

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“Sois gentil, donne-moi cent écus ; tel ami qui m’en doit autant te paiera à ma place ; voici un papier par lequel je lui donne l’ordre de te régler.”

Le premier qui, il y a fort longtemps, imagina de proposer cette opération à un ami inventa le billet à ordre.

C’est une affaire intelligente qui se traite entre trois compères solvables et honnêtes. Elle prend fin quand celui qui a avancé les cent écus va voir le débiteur de celui à qui il a fait cette avance et lui demande de le rembourser, autrement dit d’honorer le billet.

Si ce débiteur s’exécute, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sinon, on conçoit que cela aille mal : le porteur du billet attaque les deux autres.

Les trois parties de retraites

En matière de retraites, il y a également trois parties en présence :

  • le troisième âge qui demande qu’on lui donne les cent écus
  • le deuxième âge qui paie et pense ainsi acquérir des droits de retraite
  • le premier âge, encore à la maternelle ou dans les universités, qui est censé honorer le billet

Le fera-t-il ?

Il est probable qu’il sera disposé à payer. Il est également probable que si cela lui coûte vraiment trop cher, ou s’il n’a pas les moyens de s’exécuter, il fera observer qu’après tout il n’avait rien promis et qu’il conviendrait donc de discuter les termes d’un contrat au bas duquel on chercherait vainement sa signature. Et on discutera.

Cela risque alors d’aller très mal. En effet, le deuxième âge, qui sera alors le troisième, est, dans son immense majorité, convaincu qu’il possède un droit, un bon droit, en un mot un droit acquis !

Or il n’y a qu’un billet, sans autre provision que ses espérances. Il croit jouer avec de l’argent, il n’a joué qu’avec des haricots – pardon, avec des points !

Le système de répartition

Le système de répartition est juste. Il est loin d’être inintelligent. S’il est peut-être possible de le concevoir différemment de ce qu’il est, il n’était guère envisageable, à l’origine, de le bâtir selon d’autres plans.

Mais on peut le constater tous les jours : il est mal compris. Il n’a en effet pas été admis comme un geste de solidarité assorti d’une espérance légitime, mais comme une sorte de placement plus sûr que tous les autres, destiné à être un jour remboursé.

Sans doute les promoteurs du système n’ont-ils pas voulu cela. Mais qui a vraiment saisi leurs intentions à l’origine et qui est aujourd’hui en mesure de le faire ?

Comme toujours, l’information est négligée parce qu’elle est considérée comme un complément, voire comme un luxe ou comme une distraction, alors qu’elle constitue la trame même de toute relation sociale.

Ces incertitudes ne nous inquiètent pas trop parce que nous somme persuadés que les problèmes se résolvent sur le tas.

Si l’on a trouvé un “truc” dans les années 50 pour servir des retraites à tous les Français qui n’avaient pourtant point cotisé, on trouvera bien, dans les années 80, 90 ou autres, un second “truc” tout aussi astucieux.

Si un problème concerne un nombre suffisant de personnes, il est admis qu’on lui trouve toujours une solution.

Les fléaux sociaux

Ce n’est pas tout à fait faux. Il y a des erreurs et des manques que nos sociétés semblent bien ne plus pouvoir se permettre.

Si nous redoutons encore le chômage et les hécatombes automobiles du week-end, nous n’avons plus à craindre la famine ou la peste.

On peut ainsi considérer comme hautement improbable l’effondrement complet des régimes de retraite et un futur troisième âge laissé totalement sans ressources.

Certes, la chose est théoriquement possible puisque nos régimes ne prévoient pas, et ne peuvent d’ailleurs prévoir, de minimum de retraite.

Mais il est raisonnable de faire l’impasse parce que la probabilité est infime.

Par contre, il faut se demander si le système ne va pas devoir être repensé. Car, dans l’affirmative, cela pourrait modifier les situations respectives des groupes sociaux et, par voie de conséquence, bien des situations considérées comme acquises. Si l’on rebat les cartes, qui sera sur le dessus du paquet ?

Or il est probable que l’on rebattra les cartes. Pour quatre raisons. Au moins.

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