Petite histoire des régimes de retraite

En France, les auteurs remontent volontiers à la création du “Grand bureau des pauvres”, à Paris, sous François 1er, pour situer la lointaine origine des régimes de retraite.

L’assurance-vie et la capitalisation

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D’autres évoquent l’ombre de Lorenzo Tonti, inventeur des tontines, sous Louis XIV. Ce n’est pas à tort, et l’on retrouve d’ailleurs cet illustre personnage dans le livre II du GUILLON, série “Nouvelle encyclopédie des placements”, consacré à l’assurance-vie et à la capitalisation.

L'assurance-vie et à la capitalisation

L’assurance-vie et à la capitalisation

Plus modestement, nous n’irons pas au-delà du second empire qui vit la création des régimes de retraite des fonctionnaires de l’État, sous une forme d’ailleurs assez cavalière, puisque, par la loi du 8 juin 1853, l’État fit main basse sur les biens des caisses de retraite de fonctionnaires existantes en disposant, dans son article 1er, que “les services de retraites désignées au tableau n°1 seront supprimés à compter du … et leur actif sera acquis à l’État”.

Les retraites ouvrières et paysannes

On peut également saluer d’intéressantes initiatives au cours des décennies qui ont suivi, telle la loi du 14 juillet 1905 qui institue un régime d’assistance nationale en faveur des vieillards nécessiteux ?

Il faut marquer d’une pierre blanche les années 1905, 1930 et 1941 (au moins sur le plan retraite), car la première vit naître les Retraites Ouvrières et Paysannes (ROP), la deuxième les Assurances sociales, et la troisième l’allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS).

Mais tout cela restait bien maigre et fortement teinté d’assistance. Pour que naissent des retraites plus copieuses, il fallut attendre l’immédiat après-guerre.

Leurs fondateurs ont dû les mettre en place dans un pays anémié par vingt ans de crise économique, ravagé par cinq années de guerre, divisé par les rivalités sociales et par les idées préconçues.

Les circonstances expliquent en majeure partie de choix qu’ils ont opéré. Or elles laissent rarement aux politiques le loisir de la réflexion et celui d’édifier des constructions logiques et harmonieuses. Ne jetons donc pas la pierre à nos aînés.

Tout d’abord, puisque à tort ou à raison, ni à cette époque ni maintenant nous n’avons voulu choisir entre un libéralisme trop sauvage et une organisation trop contraignante de la société, nos systèmes de retraite ne sont fondés ni sur les seuls besoins ni sur les seuls mérites, mais sur une juxtaposition et combinaison des deux que l’on voudrait harmonieuse.

Ce sont donc, pour l’essentiel des régimes contributifs, les excès propres à ce principe étant corrigés par des mécanismes d’assistance.

Ainsi, aujourd’hui, tout personne qui, pour quelque raison que ce soit, ne dispose pas de ressources suffisantes peur bénéficier d’un régime spécial d’allocations dont toute la collectivité fait les frais.

La pression sociale de l’après-guerre

Nos régimes sont, par ailleurs, des régimes de répartition. La pression sociale de l’après-guerre militait en effet pour de régimes de retraite à démarrage rapide, tandis que l’hyper-inflation d’alors empêchait de penser capitalisation.

Enfin, et surtout, nos régimes sont nombreux, pour ne pas dire nombrables. On reproche souvent au Français sa logique et ses a priori.

On l’accuse de tenter de faire entrer la mouvante réalité des choses dans les catégories que sa raison a élaborées. Il apparaît fréquemment comme l’archétype du technocrate.

On l’oppose volontiers au Britannique, plus souple et plus pragmatique, qui produit sans doute des institutions moins harmonieuses, moins logiques que les nôtres et beaucoup plus compliquées, mais qui marchent mieux parce qu’elles sont moins rigides.

Qu’on ne ressorte pas ce vieux poncif en matière de retraites. Rien ne serait plus faux. Le système français de retraite a été en quelques sorte construit à l’anglaise, autrement dit pièce par pièce, au gré des besoins et des inspirations, tant par l’État que par les partenaires sociaux.

Le système français de retraite

Le système français de retraite

Le vent de l’après-guerre

Le vent de l’après-guerre incitait dans une certaine mesure les pouvoirs publics à mettre sur pied un système généralisé de sécurité sociale.

Cependant de nombreux groupes sociaux ou professionnels, prétendant maintenir ou développer à cette occasion quelques-uns de leurs privilèges ou plus simplement leur personnalité, résistèrent à cette initiative, soit en opposant purement et simplement, soit en développant des organisations propres. Exemples aussitôt imités.

L’esprit des pères fondateurs de nos régimes de retraite ainsi déterminé par ces contingences historiques, sociologiques et économiques a conçu un système que l’on peut caractériser par deux traits : ce sont des régimes étagés et à base socio-profesionnelle.

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